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Vous êtes ici : Accueil > Sports équestres > News équestres > Jumping > Hickstead : un dernier saut et puis s'en va...
Créé le 07/11/2011 à 13h37.
A l'heure où les images atroces de la mort d'Hickstead tournent en boucle sur les sites et les réseaux sociaux équestres, il est urgent de garder un autre souvenir de lui. Plus que sa fin tragique dans le Jumping de Vérone, plus que cet atterrissage en douleur, c'est sa trajectoire qu'il faut garder en mémoire. L'histoire du petit cheval devenu grand, du champion qui a écrit son propre destin. Si le jumping avait une logique, si l'élevage était une science exacte, si les champions étaient préprogrammés, Hickstead n'aurait jamais du approcher un CSI de sa vie. Trop petit avec son mètre soixante, il était également réputé trop bouillant, trop impétueux pour la compétition. Mais comme Seabiscuit ou Secretariat avant lui, ce cheval mal né va déjouer tous les pronostics sur un coup du sort. Une providence nommée Eric Lamaze.
Né de parents drogués, élevé par une grand-mère alcoolique, contrôlé positif à la cocaïne aux JO d'Atlanta, Eric Lamaze n'a pas l'orbite rectiligne des astres de la discipline. Lui non plus. Mais en 2005, la chance va tourner. Le cavalier canadien a-t-il décelé mieux que personne le potentiel hors norme d'Hickstead ? Ou s'est-il simplement reconnu dans les aléas de son histoire ? Un peu des deux sans doute. Toujours est-il qu'il va acquérir le cheval et lui faire confiance. De longs mois durant ces deux-là vont se tourner autour, apprendre à se connaître, à se respecter. Jour après jour, à force de patience et de persévérance, le Canadien va polir son joyau, maîtriser l'insoumis, canaliser son énergie. On a souvent dit et souligné la fusion qui caractérisait ce couple, la relation de confiance qui les liait indéfectiblement. Il se disait même que seul EricLamaze pouvait monter, comprendre, piloter cette satanée boule de nerfs. Il y a sans doute quelque vérité là-dedans. Entre eux, il y a toujours eu quelque chose de plus, une entente qui dépassait la relation de monture à cavalier. Au point qu'on ne savait plus trop qui avait donné sa chance à l'autre...
"Hickstead se voyait beaucoup plus grand dans sa tête." Si le talent a ses raisons, celui d'Hickstead est peut-être à chercher dans cette phrase d'Eric Lamaze. Tout petit qu'il ait été, Hickstead était capable de franchir tous les murs, avec une détente, une aisance que pouvaient lui envier ses plus grands concurrents. Ceux qui étaient au Jumping de La Baule en mai 2011 ne sont pas prêts d'oublier son saut au-dessus du chandelier en fin de parcours (voir ci-dessous). Une petite erreur de trajectoire qui, paradoxalement, en dit plus long sur son talent que tous les sans-faute de sa carrière.
C'est en 2007 que le landernau équestre a véritablement pris conscience du potentiel d'Hickstead et du travail effectué par Eric Lamaze. Dans le CN des Spruce Meadows Masters, le couple va faire une véritable démonstration de maîtrise et conquérir le public (voir ci-dessous). "Tout le mérite en revient à Hickstead, dira son cavalier à l'issue du dernier round. Il a sauté pour vous spectateurs des Spruce Meadows, il adore se produire ici, il adore vous entendre applaudir à chacun de ses sauts.... Quel cheval ! Il vient de me donner une magnifique année". Et pourtant, le meilleur restait à venir pour ces deux-là...
Le meilleur, ce sera cette médaille d'or en individuel aux JO de Pékin. La première de l'Histoire du sport équestre canadien. Le meilleur ce sera aussi cette superbe victoire dans le Rolex Grand Prix d'Aix la Chapelle. Comment oublier leur barrage supersonique et les 4 secondes qu'ils collèrent aux pauvres Sergio Moya et Action Breaker ? Mais le meilleur, ce sera surtout ces Jeux Equestres Mondiaux de 2010 à Lexington. Même si Eric Lamaze n'y a pris que la 3e place en individuel à l'issue de la Finale à 4, son cheval y signera lui un quadruple sans faute. On se souvient tous de ce round ahurissant où le pauvre Al Shabartly, littéralement dépassé, n'avait eu d'autre choix que de s'accrocher à ses rênes et de laisser filer Hickstead jusqu'à l'arrivée (on exagère à peine). Sa performance ce soir-là lui vaudra le titre de Meilleur cheval de la Finale puis de Meilleur cheval de l'année. Tout un symbole.
Alors à quoi bon revenir sur ses derniers instants ? A quoi bon ressasser ces images morbides d'un champion dans la poussière ? L'Histoire retiendra la décision unanime des autres cavaliers d'arrêter la compétition. Elle retiendra surtout qu'Hickstead est mort sur scène, après son show, en bon n°1 mondial qu'il était. Un dernier saut et puis s'en va. "Nous avions fini notre round, raconte son mentor encore sous le coup de l'émotion. Je m'apprêtais à sortir de la carrière lorsque tout à coup il s'est effondré, apparemment victime d'une crise cardiaque. C'est la chose la plus tragique qui me soit jamais arrivé. Il est resté avec nous jusqu'à l'âge de 15 ans. Nous avons passé tant de bons moments... C'était juste le meilleur cheval du monde." Hommage d'un champion à un autre champion. Mais surtout hommage d'un cavalier à son compagnon, adieux à un petit binôme qui, quelque part, lui rappelait vaguement quelqu'un. Montaigne écrivait un jour à propos de La Boétie : "Si l'on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : Parce que c'était lui, Parce que c'était moi." C'était dans son traité sur l'amitié.
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