Les nouveaux fers, c’est le pied ?

Créé le 11 octobre 2017

Guillaume Macaire a salué les nouveaux fers en cuivre après ses nombreux succès de la journée préparatoire au week-end de l'obstacle à Auteuil. Entre vieilles recettes, innovations et révolution, l'amélioration des performances peut passer par le pied.

« Pas de pied, pas de cheval ». Le dicton s’applique toujours et la dernière mode sur les champs de course, ce sont les fers cuivrés. Déjà testé depuis plusieurs années par les cavaliers de concours, le cuivre ne compose pas l’ensemble du fer mais seulement une pellicule à la surface fixée par ionisation.

Parmi ceux qui veulent tenter le coup, il y a l’écurie de Pauline et Didier Prod’Homme. Celui qui réalise ce crash test des pieds, c’est le bien connu Xotic qui a la particularité d’avoir les pieds blancs. « J’avais vu ce système sur Facebook il y a quelques temps, explique Pauline Prod’Homme, mais il n’existait des fers que pour les chevaux de selle. Récemment, des modèles adaptés aux chevaux de courses sont apparus sur le marché ».

Mais qu’apportent ces fers cuivrés ? « Les fers en aluminium abiment parfois les pieds, notamment chez les chevaux les plus fragiles. Le cuivre est antiseptique. Il est moins abrasif, la corne s’abime moins et le pied pousse mieux. Cela fait un moment qu’il existait déjà des clous en cuivre pour ferrer les chevaux, là, on passe au fer ».

Et l’efficacité ? « Cela fait seulement un mois et demi que le test a commencé. Nous attendons au moins trois ferrures pour faire un bilan. En tout cas, les fers sont très jolis même si, au bout de quelques jours, la partie cuivrée qui touche le sol disparaît totalement. Il ne reste que celle, plus importante, entre le fer et le pied ».


Le cuivre, pourquoi et comment ?

Ce métal est utilisé pour ses vertus antiseptiques depuis l’antiquité. Lors de la grave épidémie de choléra qui avait ravagé l’Europe au 19e siècle, les ouvriers qui travaillaient le cuivre avaient été beaucoup moins touchés que le reste de la population.

Pour ce qui est des clous en cuivre, le matériau élimine toutes les bactéries et autres micro-organismes qui entrent dans les cavités où logent les clous, ainsi les sabots restent fort et en bonne santé. « C’est surtout qu’ils ne s’oxydent pas », explique Pascal Marcheteau, le maréchal-ferrant de l’écurie Prod’Homme. « On manque encore de recul sur les fers en cuivre. Ils ne sont disponibles pour les galopeurs que depuis 8 semaines. J’attends vraiment trois mois pour avoir une opinion sur les bienfaits de ce matériel ».

Le but de ces nouveaux fers est donc avant tout sanitaire et non mécanique.


Les solutions innovantes des ferrures

Le pendule de Newton (dont vous pouvez retrouver une illustration avec des ampoules ci-dessous), est le moyen le plus simple d’expliquer l’interaction entre le sol et le pied du cheval via son fer. Car c’est bien la physique qui est l’autre enjeu de la ferrure. « Chez les trotteurs notamment, explique le maréchal Jean Pigache, on parle de piste sans fond car elles ne sont pas profondes comme pour les galopeurs. L’onde descend dans le sol et remonte jusque dans la colonne du cheval ».

Ces dernières années, et notamment via le champions sprinter aux pieds d’argile Marchand d’Or, le fer collé avait la cote. Il s’agit d’un fer non métallique fixé sans clou mais via une résine chauffée à 80 degrés. Cela avait des atouts mais aussi le défaut de cette glu qui occasionnait parfois des brulures. Le maréchal Pascal Marcheteau explique que pour lui, « c’est plutôt une ferrure orthopédique qu’une ferrure de course, car elle permet avant tout de corriger les défauts d’aplomb ». En revanche, chez les trotteurs, c’est encore une méthode plébiscitée. « Un meeting, c’est long, analyse Jean Pigache. Même si la piste de Vincennes n’est pas trop abrasive pour les pieds, on ne peut pas ferrer et déferrer un cheval tous les 15 jours pendant 5 mois. Une bonne résine tient un mois mais elle coûte plus chère : 150 euros pour deux pieds contre 35 à 40 euros pour des fers ordinaires. Un meeting doit se penser dès maintenant afin que les pieds durent jusqu’à la fin ».

Dans les tendances des dernières années, il y a aussi les plaques en différentes matières qui s’intercalent entre le fer et le pied. « Les trotteurs sont beaucoup plus novateurs pour les ferrures. Pour les galopeurs, nous sommes aussi limités car plus le matériau est amortissant, plus il est épais et c’est inacceptable pour un galopeur. Nous utilisons plutôt des plaques de cuivre ou de plastique pour éviter que l’aluminium ne s’oxyde et ne « phosphate » au contact du pied, rongeant la corne ».

Le tungstène, qui existe depuis 20 ans et vient de Suède, reste à la mode. ce sont des petites sections de quelques millimètres qui viennent renforcer le pied et le protège. Cela a beaucoup d’accroche et cela améliore les allures au niveau des postérieurs pour certains trotteurs.

Le fer Duplo est lui apparu il y a 18 à 24 mois. Il est très souple et utilisé en majorité à l’entraînement explique Jean Pigache. « C’est une ferrure qui vient de l’endurance. Une armature d’acier est coulée dans un fer de 13 mm d’épaisseur. Cela donne un vrai confort mais c’est très lourd ».

Et après, que « fer » ?

L’onde de choc reste l’ennemi intime du cheval de course, encore plus pour les trotteurs mais en général pour tous du moment qu’ils sont fragiles. Les plaques ne cessent de se diversifier dans leur constitution : caoutchouc, plastique, cuir, bimatière… C’est un peu la fashion week du fer selon les années. Car Jean Pigache confirme, il y a toujours une nouveauté par an.

Le seul frein à une évolution plus profonde, c’est donc le prix et les qualités qu’un fer demande. « On peut trouver des fers légers, on peut trouver des fers résistant à l’usure. On peut trouver des fers faciles à travailler…. mais l’alliance des trois est rare ».

Pour ce qui est des prix, les métaux d’avenir sont freinés par leur coûts : le téflon affiche 13 à 15.000 euros la tonne, le kevlar, c’est dix fois plus. Ces matériaux possèdent toutes les qualités de plasticité requises, à l’image des nouveaux alliages utilisés dans les constructions anti-sismiques mais la facture est inenvisageable.

Réalité ou science-fiction : le fer sur mesure

En France, Thibaut et Maxime Rooryck ont créé Value Feet, une société qui scanne les pieds de votre cheval, envoie les clichés à l’usine pour créer ensuite des fers sur mesure qui sont livrés le lendemain. Les Girondins ont déjà déposé plus d’une dizaine de brevets, que ce soit pour leurs méthodes, leurs algorithmes ou les alliages de leurs fers.

Aujourd’hui, ils peuvent réaliser en 24h des fers sur mesure.  « Nous maîtrisons la technique et l’outil industriel », raconte Thibaut Rooryck, « nous nous concentrons sur les matériaux car la forme vient de la conception même ». Un maréchal équipé a un scanner portable qui modélise les pieds. La société revendique aujourd’hui une vingtaine de maréchaux équipés, 400 chevaux ferrés par leurs soins avec une quinzaine de plus chaque semaine. Parmi eux « une dizaine de chevaux 5 étoiles en jumping et aussi des chevaux de course. Les cavaliers et les entraîneurs préfèrent pour l’instant rester discrets sur ces nouveautés ».

En 2018, il est prévu que Value Feet communique beaucoup plus sur le secteur des courses avec une gamme réservée aux galopeurs avec un fer carbone de 14 grammes.

Dans le fer à cheval, l’avenir est donc peut-être pour demain.