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Arnaud Chaillé-Chaillé, l’amitié au cœur de la mêlée - Le portrait de la semaine

Une fois encore, Arnaud Chaillé-Chaillé boucle sa saison dans le Top 10 des entraîneurs d’obstacle. Et cela fait 21 ans que ça dure !

Qu’il semble bien loin le temps où s’installait, le 1er février 1992, cet ancien jockey d’obstacle, complètement inconnu alors : « Je n’avais pas d’aura du tout, concède-t-il. Je n’étais connu que par les gens de la région. Et encore, je n’avais pas bonne réputation puisque je n’avais pas été très bon jockey. A l’époque, soit j’étais premier garçon dans une écurie, soit je m’installais. Quand on est jeune, on fonce. De toute manière, j’aurais retrouvé du travail dans une autre écurie si j’avais échoué. » Pas question d’échec toutefois pour ce néo-professionnel qui a découvert les chevaux dès son plus jeune âge. Entre la confection de paniers pour les ostréiculteurs locaux avec son père vannier et les dimanches sur les hippodromes du Sud-Ouest, le jeune homme décide dès ses 7 ans de devenir jockey.

Après un apprentissage classique et un passage éclair dans la colonne des jockeys, il débute l’aventure avec trois chevaux dont Amidou Douzaia, conseillé par son ancien patron Martial Boisseuil. Pour sa première année d’exercice, le néo-professionnel remporte deux courses avec cette pur-sang arabe qui s’impose également quatre fois à 5 ans. Entre temps, la pouliche avait troqué la casaque rouge et noire d’Arnaud Chaillé-Chaillé, couleurs de son club de cœur de rugby de la Tremblade, pour celle du Cheik Mansoor Bin Zayed : « Cette vente m’avait fait du bien et m’avait donné un bon bol d’air pour le deuxième hiver.» Autre jument marquante de son début de carrière, Kapi Creek se place dans des Listed du Sud-Ouest, à Evry et l’emporte à Chantilly notamment. Mais la porte d’Auteuil n’est pas encore sur l’itinéraire du jeune entraîneur : « J’avais déjà quelques chevaux d’obstacles mais, Auteuil, je n’y pensais même pas au départ. J’avais essayé avec Mood War et Rêve de Gane mais ils étaient trop volontaires pour la Butte Mortemart. » Si ces chevaux n’avaient pas brillé à Auteuil, ils ont bel et bien contribués à la montée en puissance de l’écurie puisque Mood War remporta 33 courses en 58 sorties au gré d’engagements aux six coins de l’Hexagone, de Mont-de-Marsan à Sillé-Le-Guillaume tout en passant par Vichy.

L’apport de Philippe Sourzac

L’envol de l’écurie se concrétisa avec l’arrivée des « Flight » de l’élevage de Patrick Boiteau dont Sunny Flight, vainqueur de la Haye Jousselin et Karly Flight, lauréat du Renaud du Vivier le même jour, tous deux associés à Philippe Sourzac : « J’avais rencontré Arnaud sur l’hippodrome de Royan alors qu’il n’était plus jockey et qu’il travaillait pour François Nicolle, se rappelle Philippe Sourzac. J’aimais bien et j’aime toujours sa façon de travailler. Il est très calme avec ses chevaux et a la faculté de les attendre longtemps. Il mérite cette réussite, lui qui bosse beaucoup le matin. Il y a une véritable complicité entre nous". 

"Il a toujours su faire la différence entre le côté professionnel et amical. Malgré la réussite, il est resté le même, raison pour laquelle je suis très souvent à Royan. Nous avons passé de bons moments ensemble mais je me rappelle tout particulièrement notre doublé dans les Groupes 1 avec Karly et Sunny Flight, d’autant que nous avions commencé la journée par un succès dans le Quinté+ du jour. Pour fêter cela, nous avions passé une soirée inoubliable ; un truc de folie ! Ce n’était pas que la fête qui était marquante mais surtout le fait de partager ce moment avec tous nos amis rugbymen à qui Arnaud est resté fidèle malgré les différentes trajectoires de vie. Le partage est vraiment primordial pour lui. »

JMB au galop

Quelques mois plus tard, Arnaud Chaillé-Chaillé a l’occasion de partager ses premières émotions avec un nouveau propriétaire, Jean-Michel Bazire, grâce au succès d’Ice Mood dans le Prix Ferdinand Dufaure.

Ce dernier ne tardera pas à devenir l’un de ses amis les plus proches, comme JMB l’a confié à Audrey Fournier : « Cette course restera gravée à vie d’autant que c’était Philippe Sourzac qui montait Ice Mood. Récemment, j’ai remporté ma 6.000e victoire au sulky de Jourdam Seven qui porte la casaque d’Arnaud. C’était symbolique pour moi de passer ce cap sous ses couleurs. Je connais Arnaud depuis 25 ans environ. Je ne sais plus dans quel contexte exactement mais c’était au cours d’une soirée. Ce qui est sûr, c’est que nous ne sommes pas perdus de vue depuis. Il est devenu un frère. On s’appelle tous les matins pour parler de tout et de rien.

De toute façon, il ne dit jamais quand ça ne va pas. Arnaud est une personne calme, posée et a un caractère imperturbable. Il adore faire la fête, comme moi. Nous avons beaucoup de points communs. Je vais souvent à La Palmyre et nous prenons plaisir à partager du temps ensemble. Nous n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Arnaud a un caractère constant, n’a jamais fait de cinéma et est toujours resté humble. C’est un véritable roc : je pourrais être coincé à Kaboul en mauvaise posture, je suis sûr qu’il viendrait me chercher…avec ses claquettes (rires) ! Avec Arnaud, c’est toujours simple. Il n’y a jamais de problèmes. Où que l’on soit, quoi que l’on fasse, c’est toujours dans la sérénité et dans la simplicité. J’adore cet état d’esprit. »

L’épopée des Mulryan

Quelques mois après la victoire d’Ice Mood dans ce Groupe 1, l’écurie d’Arnaud Chaillé-Chaillé passe un nouveau cap avec l’arrivée du propriétaire et financier irlandais Sean Mulryan en 2004. Le duo franco-irlandais sort alors de la mêlée et truste les succès sur la Butte-Mortemart via notamment Kiko, Cyrlight, Zaiyad, Or Noir de Somoza, sans oublier bien entendu Mid Dancer qui réussit le doublé Grand Steeple-Chase de Paris-La Haye Jousselin en 2007.

Cette même année, le fan de rugby parvient à transformer l’essai en devenant tête de liste des entraîneurs d’obstacle : « Ce n’était vraiment pas facile de battre Guillaume Macaire qui avait le double de chevaux, analyse-t-il. Au début de l’aventure Mulryan, je n’avais pas de pression et je travaillais plutôt dans d’excellentes conditions avec les visites régulières des vétérinaires, des osthéopathes et d’Hervé Barjot. Puis, il y a eu la crise de 2008. Sean Mulryan s’est alors concentré sur ses affaires financières et a laissé ses chevaux. Avec ce changement, il y avait trop de pression et je ne m’y retrouvais plus. Après plusieurs épisodes sur deux saisons, la collaboration s’est définitivement arrêtée. Il a alors fallu reconstruire. Quelques années plus tôt, j’avais heureusement investi dans un haras, non loin du Lion d’Angers. J’avais alors 20 à 25 poulains par génération. Evidemment, ce n’était pas la même gamme de chevaux mais on s’est débrouillés avec. D’autres clients sont ensuite arrivés au fur et à mesure. »

De l’importance des jockeys maison

Malgré ce coup d’arrêt net dans les années 2000 dû à la crise des subprimes, l’écurie est repartie de l’avant, avec en demi de mêlée, Arnaud Chaillé-Chaillé, au cœur du jeu tous les matins : « Les chevaux passent tous entre ses mains avant d’aller travailler, nous apprend Stéphane Mons en reportage récemment à Royan pour Equidia. Une fois qu’ils reviennent du galop de chasse, ils trottent autour de lui, avec numéro de passage au canter, donné à chacun des cavaliers.

Suite aux canters, Arnaud prodigue de nouveaux ordres pour intensifier le travail ou non. Dès 6 heures du matin, il est complètement avec ses chevaux et peut compter sur une bonne équipe entourée par François Pamart. » Et Arnaud Chaillé-Chaillé d’ajouter : « Je me suis limité à 80 boxes car je veux connaître mes chevaux mais chacun s’organise comme il le veut, tant que ça marche. François Nicolle en a le double et je lui tire mon chapeau, d’autant que je sais par quelles étapes il est passé.

Dans mon équipe, je peux notamment compter sur mon assistant François Pamart qui devrait prochainement passer sa licence d’entraîneur. D’ici deux à trois ans, nous devrions faire une association. J’y pense depuis longtemps. Ce serait la suite naturelle pour cet ancien jockey de l’écurie. Avoir des jockeys maison est d’ailleurs primordial en obstacle, à mon sens. Il faut leur faire confiance et ne surtout pas les enlever lorsqu’ils font des erreurs en course. Même les plus grands ont fait des conneries. Il faut qu’ils apprennent afin que l’écurie remplisse ses objectifs. Le mien est de remporter le Prix Alain du Breil. J’espérais y parvenir cette année avec Thelème mais cela n’a pas pu se faire. L’année prochaine, je compterai notamment sur Hawaï du Berlais voire sur d’autres poulains pour décrocher le seul Groupe 1 d’Auteuil qui me manque. D’ici au printemps prochain, je vais profiter de la chasse et du rugby pendant quelques semaines. Même si elle s’est bien passée, la fin de saison a été dure mentalement et j’ai besoin de décompresser. »

Cette mise au vert sera sûrement agrémentée de régulières visites des stades de rugby qu’il côtoie quasiment tous les week-ends, au grand plaisir de l’un de ses meilleurs amis, Didier Casadéi, entraîneur des avants du Racing 92 : « J’ai rencontré Arnaud, par l’intermédiaire de Philippe Sourzac. C’était en 1997, année de notre titre de champion d’Europe avec Brive. La première fois que je l’ai vu, c’était lors d’une défaite mémorable de l’équipe de France contre l’Afrique du Sud. Comme c’était le dernier match au Parc des Princes, nous avions fait une petite fête. Un peu fatigués, nous avions acheté un cheval en fin de soirée avec des copains. Roxia avait débuté quelques mois plus tard, alors que nous n’avions toujours pas payé nos parts. Avec le père de Philippe Sourzac et un ami, nous sommes allés la voir courir à Saumur. Roxia avait brillamment gagné d’entrée de jeu tandis qu’Arnaud avait passé une bonne journée à Auteuil. On s’était alors retrouvés à Royan pour une fête de plusieurs jours ! La récréation d’Arnaud est d’aller assister à des matches de rugby. Il est donc souvent venu nous voir jouer avec Brive. De mon côté, mon père avait été propriétaire de chevaux quand j’étais petit et j’ai même fait l’apprentissage à Mont-de-Marsan pour être driver. Je n’étais pas vraiment doué mais passionné. J’aime l’animal, la compétition et les personnes qui travaillent dans ce milieu. Avec Arnaud, nous sommes bons vivants et cela nous a permis de bien rigoler. Côté professionnel, il a l’œil et arrive de suite à détecter si le cheval est performant. En amitié, il est fiable, généreux et est toujours de bonne humeur. Il a quand même un défaut : celui d’être un peu trop supporter de la Rochelle ! »

Supporter invétéré de la Rochelle

Quatrième du Top 14, les « Jaunes et Noir » de la Rochelle peuvent effectivement compter sur un supporter fidèle, prêt à troquer le Karly Flight de la Butte-Mortemart contre le club-house de Marcel-Deflandre : « Je suis rarement aux courses, encore moins maintenant avec le masque. Il faut reconnaître que les kilomètres usent et que je suis très bien devant ma télé. Je me régale actuellement et, tant que ce sera le cas, je continuerai. L’important est de se fixer des objectifs. Outre remporter le Prix Alain du Breil, avoir un cheval de Grand Steeple est source de motivation. Je l’ai déjà gagné une fois mais si je pouvais rééditer, ce serait top.»

Si son champion Thelème n’a pas le profil type pour aller sur le Grand Steeple, nul doute qu’Arnaud Chaillé-Chaillé ne va pas botter en touche s’il a l’occasion de transformer un nouvel essai dans le plus convoité des groupe 1 d’Auteuil.