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La sécurité en question dans les courses hippiques ?

C'est au trot que la série noire a commencé ce mois de juillet 2018. Clémence Mauny, Noémie Deffaux, David Békaert, Franck Demoutiez, les accidentés sont nombreux et les conséquences gravissimes. Pourtant, tous portaient casque et gilet imposés...

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Il n'est même pas midi quand le départ de la deuxième course est donné, ce dimanche 22 juillet 2018 à La Capelle (02). Sous un soleil de plomb, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement pour assister au ballet des entrées et sorties de pistes, des cris de joie au passage du poteau. Mais ce jour-là, les cris débutent dans le dernier tournant. Alors qu'elle était parmi les premières, Fée Fontaine, associée à François Lecanu trébuche, et cinq autres pouliches ne peuvent l'éviter. Si certains se relèvent rapidement, Franck Demoutiez reste au sol. Il souffre d'un traumatisme crânien. Pourtant, le professionnel portait bien casque et gilet de protection, comme c'était le cas de tous les accidentés de ce mois de juillet. Alors que s'est-il passé ?

Le matériel obligatoire

Au trot comme au galop, le règlement est clair : chacun doit porter des accessoires de protection en courses, et pas nimporte lesquels, comme cela est stipulé noir sur blanc dans le Code des Courses au trot. La tenue adaptée est donc la suivante :  


"Casque, toque, gilet de protection (d’un modèle conforme soit à la norme europenne EN13158, soit à la norme CE 1621-2 s’il est muni d’une protection spécifique de la cage thoracique), casaque manches longues, col blanc, culotte blanche et bottes de jockey (pour les courses au trot mont) ou bottillons noirs."

Tout driver ou jockey qui se présenterait en piste sans l'un de ces équipements est passible d'une interdiction de monter ou driver. Comprenez donc que les professionnels, s'ils veulent concourir sur un hippodrome, ont la responsabilité de se procurer chez un équimentier, des accessoires de sécurité agréés. Mais alors que valent vraiment ces normes de référence ? Sont-elles suffisantes en matière de sécurité hippique ? Qui les contrôle ?

Les normes imposées

Il convient, si l'on veut se pencher sur la question de la norme, de distinguer les deux accessoires phares de la tenue de protection du jockey et/ou driver : 

1 - Le casque

En matière de protection de la tête, le Code des Courses s'appuie sur la norme EN 1384 de l'AFNOR, l'association française de normalisation, datant de mai 2012. Une contrainte qui implique que le matériel soit adapté à la pratique, testé en conséquence, et donc en mesure de fournir un taux suffisant d'absorption des chocs, de maintien de la tête, etc. en cas de chute, de choc, d'accident (lire les exigences en matières de casques sur le site de l'AFNOR ici). 

Une norme commune aux casques utilisés en courses et en équitation, qui a toutefois été annulée et remplacée le 12/08/2017 au profit de la CE VG1 01.040 2014-12. Le but : offrir un meilleur niveau de sécurité aux cavaliers, grâce notamment aux retours d'expériences. Désormais, les casques doivent donc offrir : 

  • Une plus grande rigidité latérale de la coque,
  • Une épaisseur plus importante de la calotte intérieure,
  • Une visière plus courte pour éviter les risques de blessures au visage en cas de rupture,
  • Un ajustement des points de fixation à la tête plus serré afin d'éviter que le casque puisse bouger une fois enfilé,
  • L’utilisation de la mentonnière n’est plus autorisée car en cas de chute, celle-ci risque de provoquer des ruptures de la mandibule.

Et c'est un équipementier qui explique le mieux les évolutions : 

Une évolution des normes qui a déjà été appliquée en équitation et qui pourrait l'être aussi dans les courses aux dires de Guillaume Maupas, le directeur technique du Trot : "À la lumière de ce qui s'est passé, il faut bien évidemment ouvrir une réflexion sur les éléments de sécurité. (...) Pour le casque, la norme qui existe n'est pas remise en cause. Est-ce qu'il faut aller plus loin dans une norme plus importante, pourquoi pas, il va falloir réfléchir à ça."

2 - Le gilet

En matière de protection de la cage thoracique, deux options s'offrent aux professionnels : un gilet pour équitants ou un gilet initialement destinés aux motocyclistes. 

  • Le gilets pour équitants, comme le casque, doit avoir subi des tests permettant aux équipementiers de proposer à la vente des produits capables d'encaisser les impacts dûs à des chutes ou des chocs, en respectant au maximum l'intégrité du cavalier, et en l'occurence de son tronc : colonne vertébrale, côtes, vertèbres, etc. Des évolutions en la matière ont induit un remplacement de cette référence (norme EN 13158en mars 2018. 
  • Le gilet pour motocyclistes, doit, lui aussi, avoir subi des tests assurant à ses porteurs que le dos, principalement, sera protégé en cas de chute et de choc (norme CE 1621-2).

 

Le risque encouru

Si l'on se pose le problème de la sécurité en courses en 2018, il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas si longtemps, rien n'était obligatoire. Ainsi, se rapelle t-on que le gilet de protection n'est obligatoire en course attelée que depuis le 1er janvier 2012.

Une avancée majeure qui n'offre pourtant pas une sécurité absolue, comme le rapelle Guillaume Maupas : "Nous menons une réflexion permanente sur les éléments de sécurité, c'est sûr. Maintenant, quoi que l'on fasse, est-ce que ça garantira le risque zéro par rapport à un accident, et notamment un accident violent comme on a pu le voir dimanche dernier à La Capelle ? On n'y arrivera pas. C'est comme pour les voitures : vous pouvez mettre tous les éléments de sécurité, si vous avez un accident grave, vous avez un accident grave." Une évidence qui se confirme dans les sports extrêmes notamment, comme en moto par exemple où, malgré la sécurité, les accidents graves, voire mortels, existent encore.

Pas de risque zéro donc pour ce sport, d'autant plus en raison de la présence d'animaux. Mais des progrès, peu quantifiables, certes, mais pregnants, concernant la gravité des accidents. 

Les pistes de réflexion

La question qui se pose donc est la suivante : peut-on faire encore mieux ? Si Guillaume Maupas y a déjà partiellement répondu, il tient aussi à rapeller que la sécurité est l'affaire de tous :

"Je pense qu'il y a un élément aussi peut être à regarder, et qui à mon avis est très important, c'est un, la date de péremption du casque, et deux, est-ce qu'il a déjà subi un choc ? Parce qu'effectivement, un casque est fait pour subir un choc, pas des multiples. Ça, c'est la responsabilités des drivers et des jockeys aussi. Sûrement qu'il y aura aussi des rappels de sécurité à faire là-dessus."

Du matériel à vérifier, c'est aussi la piste de réflexion avancée par Pierre Vercruysse, driver expérimenté :

"Un casque a une durée de vie. Et maintenant, souvent, c'est "un casque fait une vie". Il faudrait changer ça, par exemple au moment du renouvellement de licence. Il faudrait que l'on puisse produire un document ou montrer le casque à un commissaire pour s'assurer de son intégrité."

Pour autant, le driver n'est pas fermé à l'évolution de la sécurité dans les courses. C'est d'ailleurs lui qui introduit le sujet : 

"Dans les chevaux de selle, ils ont maintenant des gilets qui se gonflent comme des airbags. Bon, les premiers étaient énormes. (...) Il y en a maintenant qui ne sont pas plus épais que deux ou trois centimètres. Il faudrait voir s'il y a des sociétés qui ont amélioré ce genre de choses... Mais on peut toujours faire mieux."

Si le produit risque pour l'instant d'être encore un peu lourd pour les courses de galop, son utilisation est réfléchie au sein des courses de trot, une piste parmi tant d'autres selon Guillaume Maupas, et une piste qui devra être testée à l'usage pour Pierre Vercruysse, qui rapelle toutefois qu'avant de penser à de nouvelles législations, il pourrait être utile d'imposer un suivi de celles déjà à disposition.

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