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Marie Vélon : "en France, on a un problème avec la nouveauté plus qu’avec les femmes"

Une semaine après Hollie Doyle dans le Prix de Diane, Marie Vélon a continué de braquer la lumière sur les femmes jockey en signant un coup de 4. Pourtant, même si elle savoure, la mentalité française la questionne.

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Hollie Doyle dans un groupe 1 le 19, Marie Vélon et son coup de 4 lyonnais une semaine plus tard, les week-ends s'enchaînent et se féminisent dans l'hexagone en ce mois de juin. Pourtant, la décharge est en vigueur depuis maintenant 5 ans et à part des révisions à la baisse de cet avantage, les femmes n'ont bénéficié de rien de plus, notamment dans le Prix de Diane que l'Anglaise gagne à poids égal face à ce que la France sportive avait de meilleur à mettre en selle. Alors pourquoi ce regain de gloire ? Nous avons posé la question à Marie Vélon, meilleure cravache féminine du moment (7e au classement national mixte). 

Une (femme) jockey

"Le coup de quatre de dimanche dernier n'était pas du tout un objectif visé. Pas un hasard non plus au vu des bonnes chances que j'avais, mais j'ai l'impression que la forme appelle la forme." Une victoire attendue avec Irésine, donc, le nouveau fer de lance de l'écurie de son patron, Jean-Pierre Gauvin, et quelques "essais transformés" qui lui permettent de conclure sa journée avec une classe 2, un maiden et une Listed Race en poche. 

Quatre succès en quatre montes, de quoi faire rougir ses opposants, parmi lesquels quelques-uns de ses opposants directs du Top10, mais aussi ravir ses fans, féministes ou non. "J'ai eu beaucoup de félicitations. Je pense que les gens aiment bien Jean-Pierre, m'aiment bien, aiment bien Irésine, c'est chouette !" Quatre succès qui font du bien à son classement et ses statistiques, mais qui ne bouleversent pas non plus sa façon de penser. "Je me laisse un peu porter, par mon agent, etc. J'avoue que je ne me pose pas trop de questions. J'essaie de faire ce qu'il y a à faire et de bien le faire. Et le reste, ça suit. Mais je n'ai pas spécialement d'idée de record dans la tête. Je veux juste être considérée comme un jockey à part entière et faire mon travail." 

Un jockey, et non pas une femme jockey. Un distingo qui semble la fatiguer, à l'instar d'une Rachael Blackmore, devenue bien malgré elle l'étendard de la réussite féminine après son succès dans le Grand National de Liverpool. Pour elle, comme pour de plus en plus de jeunes femmes de cette génération défrichée par ses pionnières (Delphine Santiago, Nathalie Desoutter pour ne citer qu'elles), le choix d'un jockey doit se faire uniquement aux compétences. Un combat remis en lumière avec la victoire de Hollie Doyle dans le Prix de Diane, sans aucun autre avantage que celui de son travail. "Je pense que la différence entre Hollie Doyle et nous, c'est vraiment les mentalités. Hollie Doyle monte pour le plus gros entraîneur de son pays. Là-bas c'est pas une fille, c'est un jockey.  Je pense que l'on a encore ce petit blocage dans les compétitions de haut niveau de "je ne mets pas une femme", ou sans dire une femme, de nouveau pilote. En France, vous voyez, on a rappelé Gérald Mossé, on a rappelé Olivier Peslier pour monter les belles courses. Évidemment ce sont des cracks jockeys, c'est normal, mais je pense aussi que l'on a un souci avec la nouveauté. C'est surtout ça, pour moi. Parce que l'on ne voit pas non plus de jeunes jockeys sortir dans les groupes 1." 

La France hippique en retard ?

Du conservatisme plus que de la mysogynie. Pourtant, si tous les apprentis ont une décharge en-deça de certains paliers, seules les femmes peuvent prétendre à un avantage pérenne (hors Quinté+ et courses de sélection). "En Angleterre, Hollie Doyle et les autres n'ont pas besoin de décharge pour que les entraîneurs leur accordent leur confiance. C’est regrettable qu’en France, l'on soit obligés d’en arriver à en instaurer une pour évoluer."

Pourtant, comme ses consœurs jockeys, la professionnelle a bénéficié et bénéficie de cette décharge. Et peut-être que sans elle, le vestiaire et les palmarès seraient moins pleins. "C'est une question que l'on se pose, parce que l'on sait qu'il y a des courses que l'on gagne forcément grâce à ça. Ce serait mentir que de dire que je ne profite pas des effets positifs de cet avantage , mais c'est vrai que là, voir une femme gagner une course sans décharge, forcément, c'est plus satisfaisant. Quand on est un compétiteur, on a envie de ça. Après, c’est sûrement cette mentalité frileuse du changement qui a poussé France Galop à prendre cette mesure et c'est bien dommage selon moi. Mais je ne désespère pas sur le climat progressiste de notre milieu."

La décharge comme tremplin, forcément que l'intention est louable. Mais doit-elle perdurer en l'état, ad vitam aeternam, alors que d'autres pays font bien sans ? Le sujet est épineux et les avis pas unanimes dans les rangs des professionnelles, nombreuses à s'inquiéter du conservatisme français plus que de sa misogynie. Car il est vrai qu'ils sont peu nombreux les jeunes jockeys, hommes ou femmes, à être maintenus en selle dans les groupes, comme l'a été la jeune anglaise outre-Manche. 
Si la victoire d'Hollie Doyle a marqué l'Histoire, gageons qu'elle ouvrira aussi une série de débats en France. 

Un débat que nous avons poursuivi en plateau à l'occasion du nouvel épisode de La Grande Heure consacré aux femmes de courses. Une émission à suivre dès samedi à 19h00 sur Youtube et à partir de 23h sur Equidia !

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