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Dans le rétro avec Christophe Soumillon : " Zarkava était un véritable joyau"

Entretien - Double vainqueur de l'Arc, dix fois Cravache d'or, Christophe Soumillon est un crack jockey qu'on ne présente plus. A quelques jours du Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, il revient pour nous sur les grands moments de sa riche carrière.

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Quel est le meilleur cheval que vous avez monté dans votre carrière ?

Zarkava a incontestablement marqué ma carrière. C'était un véritable joyau qui avait une faculté d'accélération hors du commun. Elle était capable de se retrouver dans des situations compliquées dans les parcours. Elle pouvait se retrouver loin, mais en quelques foulées elle était capable avec son éclair de classe de faire la différence. Elle allait dans tous les terrains et sur toutes les distances. Elle a gagné Groupe 1 à 2 ans et a fini par gagner l'Arc en cochant toutes les cases requises chez un crack. La seule petite chose c'est qu'elle n'a jamais couru hors du sol français. A mes yeux c'est vraiment la jument de ma carrière, elle m'a permis de vivre des moments exceptionnels. Zarkava va rester jusqu'au bout dans mon coeur.

Votre première victoire de Groupe 1 ?

Mon premier Prix du Jockey-Club avec Anabaa Blue en 2001. Je m'étais classé deuxième cette même année dans la Poule d'Essai des Poulains (Gr.1) avec Vahorimix. Le lauréat a été distancé tardivement et je suis passé premier en le sachant bien après. Je n'ai pas pu savourer cette victoire. En l'occurence Anabaa Blue m'a apporté la joie de passer le poteau en remportant de manière "officielle" mon premier groupe 1. C'était un moment exceptionnel dans une période où j'étais un peu dans le creux de la vague. J'avais perdu pas mal de bons clients et j'ai eu cette chance d'avoir la famille Lerner qui m'a supporté à ce moment-là. Le fait de m'avoir laissé sur le cheval le jour J m'a fait énormément de bien et de plaisir. J'étais assez frusté du déroulement de la course dans la préparatoire (Prix Lupin Gr.1). Le cheval n'avait pas été devant et lil avait beaucoup tiré. Dans le Jockey-Club, Anabaa Blue s'est montré lutteur jusqu'au bout. Au passage du poteau c'était vraiment un moment incroyable parce que je marquais de ma jeune empreinte l'Histoire des courses.

Vous avez à votre actif "deux cordes" à votre Arc (Dalakhani et Zarkava). Quel est celui qui vous a le plus marqué ?

Le premier reste toujours le plus marquant. Le Prix de l'Arc 2003 avec Dalakhani restera un moment incroyable. Je montais un grand favori mais nous n'avions pas tiré le meilleur numéro à la corde. Je me suis retrouvé à l'arrière garde pendant tout le parcours et dans la descente juste avant d'aborder la fausse ligne-droite je me suis placé derrière un cheval qui m'a ramené en quatre-cinquième épaisseur jusqu'à entrée de ligne droite. Quand j'ai décalé Dalakhani, il a commencé à venir vraiment facilement sur les autres. Quand j'ai passé en revue tout le monde je savais que j'allais m'envoler vers la victoire même si Mubtaker (second) s'est montré tenace jusqu'au bout. Le passage du poteau a été la délivrance totale pour moi. D'une part car j'étais quasi convaincu que j'allais gagner avant la course, d'autre part car la course s'était idéalement déroulée. C'était le plus grand moment de bonheur de ma jeune carrière. Je réalisais enfin mon rêve de gosse. C'est l'attente de tout jockey de gagner cette course. Je pouvais me dire voilà au moins c'est fait. Comme les Jeux Olympiques pour les grands athlètes de haut niveau, quand on a la chance de goûter au Graal, on ne s'en lasse pas. C'était surtout très important pour ce cheval et pour Son Altesse Aga Khan.

Christophe Soumillon et Dalakhani offrant un premier Prix de l'Arc de Triomphe à Alain de Royer Dupré en 2003

Un cheval qui vous a marqué que vous auriez aimé monter ?

Silent Witness à Hong Kong m'a beaucoup marqué. C'était un sprinteur hors du commun, quasiment invaincu en 17 ou 18 sorties.Il a gagné une dizaine de Groupe 1. Malheureusement à l'âge de cinq ans, son entourage a décidé de le rallonger ce qui n'a pas plaidé en sa faveur. C'était une vraie machine, un cheval qui vous donnait vraiment l'envie de lui être associé. Dans ma prime jeunesse en France j'aurais voulu monter Peintre Célèbre (vainqueur de l'Arc avec O.Peslier, cf "dans le rétro d'Olivier Peslier), un champion qui m'a marqué par son accélération foudroyante.  

La plus belle rencontre de votre carrière ?

Ma rencontre avec le Prince Aga Khan a marqué ma carrière. Cela va faire bientôt 20 ans que je suis en contrat avec lui, même si nous avons eu une interruption. J'ai été contacté suite à ma victoire avec Anabaa Blue dans le Prix du Jockey-Club. Gérald Mossé partait suivre sa carrière à Hong Kong, ils avaient alors besoin d'un jockey. Ils n'ont pas eu peur de miser sur la jeunesse. Nous avons vécu des moments exceptionnels de Dalakhani à Zarkava (malgré une petite trêve de 2010 à 2013) jusqu'à cette année avec Vadeni. Le prince Aga Khan est un vrai sportif qui sait admettre les défaites. C'est un grand observateur, il est très à l'écoute et il donne entière confiance à ses entraineurs et ses jockeys. C'est un homme admirable, passionné et j'ai la chance de porter ses couleurs qui sont les plus mythiques à mes yeux. J'en suis vraiment fier et j'espère avoir la chance de terminer ma carrière avec cette magnifique casaque sur mes épaules. 

Le plus grand jockey que vous avez vu évoluer durant votre carrière ?

Je me suis inspiré de deux grands jockeys : Olivier Peslier et Frankie Dettori. Ils font partis de la même époque et sont encore en activité à ce jour. J'ai eu la chance de monter avec Olivier Peslier au quotidien. J'ai analysé sa monte pour améliorer la mienne. Mais il y a des choses que personne n'arrive à reproduire, comme les grands artistes. Frankie Dettori fait également parti de ceux qui m'ont le plus inspiré, il m'a donné envie de faire ce métier. Quand il a gagné l'Arc avec Lammtarra c'était pour moi une symbiose extraordinaire et je me rappelerai toujours de sa façon d'être posé sur le cheval pour finir. Au niveau esthétique c'est pour moi impossible de faire mieux que ce qu'il a créé ce jour-là. Après l'avoir vu, je me suis toujours dit que je voulais devenir jockey et gagner cette course prestigieuse. Quand je suis venu voir mon premier Arc et que j'ai vu Olivier Peslier gagner avec Hélissio et ensuite avec Peintre Célèbre et Sagamix cela m'a encore plus donné l'envie de réaliser l'exceptionnel, ce qu'ils étaient eux capables de faire. Ces deux grands jockeys comptabilisent à eux deux 10 ou 11 Arc de Triomphe ce qui prouve bien la qualité de ces deux extraordinaires pilotes.

Une course qui manque à votre palmarès ?

Il y en a plein. En France si je devais en choisir une je dirais le Prix de l'Abbaye de Longchamp (Gr.1). C'est la course la plus dure à gagner pour un jockey tricolore car nous n'avons malheureusement que très peu de sprinteurs français. Hors de notre sol je dirais le Derby d'Epsom (Gr.1), c'est une course mythique et reconnue dans le monde entier. Elle reste également très dure à gagner pour un jockey français. La Saudi Cup est une nouvelle course très attrayante que je n'ai jamais encore eu la chance de monter. J'ai déjà eu la chance de gagner beaucoup de belles courses mais il y a toujours une course qui relève du challenge. Certaines sont plus difficiles que d'autres et je pense par exemple que la Melbourne Cup et Epsom, c'est comme le Kentucky Derby : limite impossible à réaliser. Mais on ne sait jamais...

Un entraîneur qui vous a impressionné ?

J'ai eu l'opportunité de travailler avec Mick de Kock à Dubai. Nous étions associés pendant sept ans aux Emirats et nous avons quasiment tout gagné ensemble. C'était une chance inouîe pour moi de voir une méthode d'entrainement différente à celle de la France. Je l'ai vu faire des choses assez exceptionnelles. Il était capable de transformer des chevaux moyens en les propulsant au plus haut niveau avec un entrainement spécifique que je n'ai vu nulle part ailleurs. Il m'a appris des choses incroyables. C'est une personne qui a une méthode de travail très futuriste et pointue que ce soit aussi bien sur l'alimentation, les soins aux chevaux que sur l'entrainement en général. 

Un Groupe 1 qui était pour vous inattendu et que vous avez gagné ?

J'ai gagné la Japan Cup 2014 de manière fortuite alors que ce n'était pas prévu que je monte cette course cette année-là. J'étais interdit de Japon pendant deux saisons suite à une rétrogradation avec Buena Vista dans la Japan Cup 2010. J'avais assez mal vécu ce moment-là car je trouvais que c'était totalement incohérent et inadmissible par rapport à la gêne qui avait été produite pendant l'épreuve. J'éprouvais de la rancoeur et de la haine au fond de moi. J'ai finalement été réinvité cette année-là, étant cravache d'Or au Japon dans le championnat des jockeys qui se déroulait exceptionnellement le même week-end que la Japan Cup. Celà m'a offert l'opportunité de pouvoir monter un cheval qui restait sur des performances en dessous de ce qu'il avait montré. Il n'était pas facile à monter mais nous avons gagné la Japan Cup de deux trois longueurs. J'étais agréablement surpris de cette victoire. Je décrochais en plus une des courses qui me faisait rêver tout. Finalement cette victoire à effacé un peu l'amertume de ma retrogradation avec Buenavista

Votre plus grande fierté ?

Ma famille est ma plus grande fierté. C'est un soutien quotidien, elle m'aide tous les jours dans la constance de mon travail. J'ai réussi à avoir la femme dont je rêvais plus que tout. C'est également la mère de mes trois magnifiques enfants et je suis fier d'être papa. Je suis également fier d'avoir été capable de rebondir régulièrement dans ce métier après avoir connu des hauts et des bas. C'est un métier qui n'est pas évident, il y a des évolutions qui se créent. Nous sommes ammenés à faire beaucoup de voyages ce qui engendre de la fatigue et des moments difficiles. Je pense que j'ai beaucoup de défauts mais le courage est une de mes qualités. Je me donne à fond pour aller chercher certains défis et objectifs, c'est quelque chose dont je suis fier et j'essaye de transmettre cette faculté à mes enfants.

Votre plus grand regret ?

Je pense que personne n'avance dans la vie avec des regrets. Je n'ai pas toujours privilégié les meilleurs choix dans ma carrière mais je suis assez fier d'être "droit dans mes bottes", de ne rien devoir à personne. J'ai toujours suivi les règles et on ne pourra pas me reprocher un jour d'avoir truqué, arnaqué, pris des produits illicites pour m'aider avec mon poids ou autres choses. Au quotidien, j'essaye de faire le mieux possible. Je reste un être humain avec ses hauts et ses bas mais je continue d'aller de l'avant.

Comment voyez-vous l'avenir ?

J'espère avoir la chance de faire une belle fin de saison en France et en Europe. J'ai eu une très belle année au niveau des grandes courses. J'ai eu la chance de gagner avec Vadeni deux magnifiques courses. Si je pouvais gagner deux Groupe 1 de plus avant la fin de l'année je pense que ce serait la cerise sur le gâteau. Je vais partir au Japon fin octobre, j'espère y avoir une belle réussite et trouver des bons chevaux pour l'hiver et le printemps prochain. Je souhaite continuer à être constant et avoir la chance de tomber sur des bons chevaux pour le Prince Aga Khan. C'est ce qui me fait le plus plaisir. C'est une grosse entité hippique qui a besoin de bons chevaux pour briller et faire tourner l'industrie. 

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