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Dans le rétro avec Olivier Peslier : " Peintre Célèbre vous donnait des frissons "

Entretien - Avec 4 Prix d'Arc de Triomphe à son actif et pas moins de 3600 victoires, Olivier Peslier détient un des plus beaux palmarès des jockeys français. Il se livre sans concession et revient sur les rencontres qui ont marqué sa carrière.

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Quel est le meilleur cheval que vous avez monté dans votre carrière ?

Goldikova sans hésitation ! C'était une championne hors du commun. Elle a gagné 14 Groupe 1. J'ai eu l'opportunité de voyager avec elle et de gagner entre autres trois Breeder's Cup Mile (Gr.1) aux Etats-Unis. En terme de sensations, le Prix Jacques le Marois (Gr.1) à Deauville restera pour moi sa plus belle course. Ce jour là son comportement m'a laissé sans voix. Elle n'était pas facile derrière les stalles de départ mais elle s'est ensuite littéralement envolée dans la phase finale. Le public était venu en nombre pour la voir gagner. C'était d'ailleurs la première fois que je voyais autant de monde se déplacer aux courses pour voir une championne. Pour un jockey c'est toujours une grande émotion de passer le poteau, de sentir la clameur de la foule et ce jour-là j'avais des frissons, c'est mémorable.

La "Reine" Goldikova et Olivier Peslier remportant le Prix Jacques Le Marois (gr.1)  à Deauville en 2009

Votre première victoire de Groupe 1?

Le Prix Jean Prat 1993 avec Le Balafre pour Nicolas Clément. J'ai d'ailleurs battu Bigstone ce jour-là en ayant une course parfaite derrière les leaders. On m'avait annoncé à l'époque que ce serait mon premier gagnant de Groupe 1 avant la course...

Vous avez à votre actif  "quatre cordes" à votre Arc (Peintre Célèbre, Sagamix, Hélissio, Solémia). Quel est celui qui vous a le plus marqué ?

Même s'ils sont tous remarquables et mémorables, je dirais Peintre Célèbre. C'était un cheval qui vous donnait des frissons car il avait vraiment une accélération peu commune. J'ai gagné de bout en bout avec Hélissio mais je n'ai pas eu cette sensation que m'a donnée Peintre Célèbre : être au sein du peloton et passer en revue vos concurrents un par un. C'était un très bon lot cette année-là et il a d'ailleurs pulvérisé le record de la piste. 

Peintre Célèbre (Olivier Peslier) en facile lauréat du Prix de l'Arc de Triomphe 1997

Un cheval qui vous a marqué que vous auriez aimé monter ?

J'hésitais entre Deep Impact et Frankel...Mais Frankel était vraiment un extra-terrestre. C'était un vrai cheval de vitesse qui avait énormément d'action quand il allait devant. J'aime bien avoir des chevaux qui vont de l'avant (rires). Et rien que pour cela j'aurais aimé le monter car il avait le profil parfait qui collait à ma tactique préférée...

La plus belle rencontre de votre carrière ?

J'ai rencontré beaucoup de belles personnes durant ma carrière mais Daniel Wildenstein m'a beaucoup marqué. Premièrement car c'est le premier contrat de ma carrière, deuxièmement car c'était un homme exceptionnel, un grand Monsieur. Il était réellement passionné par les courses et les chevaux. C'était un homme d'une grande humanité. Il était toujours à l'écoute de ses jockeys et il leur accordait une grande confiance. Nous discutions beaucoup. Nous parlions cheval et non investissement. Il m'a toujours laissé carte blanche dans mes montes. C'est dommage qu'à l'époque nous n'avions pas encore les téléphones portables car j'aurais aimé discuter encore plus longuement avec lui et en apprendre davantage...

Olivier Peslier et Alec Wildenstein (fils de Daniel Wildenstein) avec la championne Aquarelliste 

Le plus grand jockey que vous avez vu évoluer durant votre carrière ?

J'ai cotoyé beaucoup de grands jockeys. Je n'ai pas de préférence. Que ce soit Lester Piggott, Pat Eddery, Cash Asmussen ou encore Frankie Dettori ce sont tous de grands jockeys. En fin de compte c'est mon métier de côtoyer les plus grands. Au début de ma carrière je me basais beaucoup sur les montes anglaises car tous les entraineurs français prenaient des pilotes anglais. Chacun avait son style différent, je me suis inspiré de ce mélange des genres. En France je me suis beaucoup inspiré de la monte de Cash Asmussen. Il représentait la nouvelle génération après Yves-Saint-Martin. C'était une monte nouvelle et différente. Je suis passé de la monte "Yves-Saint-Martin" apprise chez Patrick Biancone comme Gérald Mossé, à la monte américaine, celle de" Cash" avec les étriers en pointe.

Une course qui manque a votre palmarès que vous aimeriez décrocher ?

Le Prix de Diane (Gr.1). C'est un peu frustrant d'avoir été plusieurs fois placé de cette course sans réussir à la décrocher.

Un entraîneur qui vous a impressionné ?

Le choix est difficile entre Sir Michael Stoute et André Fabre. Mais je dirais André Fabre car c'est pour moi le meilleur entraineur tricolore et je suis un peu chauvin (rires). Il connait ses chevaux sur le bout des doigts. Son travail est minutieux et sa préparation est orientée vers le futur. C'est un professionnel passionné et consciencieux qui aime véritablement le cheval. Il m'a d'ailleurs dit quand j'ai été battu dans le Groupe 2 avec Peintre Célèbre " Ce n'est pas grave, ne t'inquiètes pas, c'est une bonne course pour l'Arc" et j'ai ensuite gagné l'Arc...

Un Groupe 1 qui était pour vous inattendu et que vous avez gagné ?

Le Prix de l'Arc de Triomphe 1998 avec Sagamix. Le matin de la déclaration de monte, André Fabre m'a demandé ce que je voulais monter. Je n'étais pas à l'écurie tous les matins. Je lui ai demandé de choisir pour moi. Il a rétorqué "si je me trompe ?" je lui ai répondu "alors on sera deux". 

Une anecdote que vous n'avez jamais racontée ? 

Je me suis déjà trompé de courses (rires). Je ne savais pas que j'avais gagné un Groupe 1 à Ascot avec Equiano. Je croyais que c'était un Groupe 2, je n'avais pas fait attention, il était passé Groupe 1. Je me suis aperçu longtemps après la course que j'avais gagné un Groupe 1. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait toute cette ambiance chaleureuse à mon retour. En fin de compte c'est Christophe Patrice Lemaire qui m'a annoncé après les courses dans les escalators que j'avais gagné un Groupe 1 ! Je croyais qu'il déconnait au début. Les chevaux ne font pas la différence entre un Groupe 1 et un Groupe 2 en fin de compte pour moi c'était pareil ce jour-là! (rires).

Votre plus grande fierté ?

Avoir pu rencontrer dans ma carrière la Reine Elizabeth II. C'était un moment extraordinaire et fort. Celà n'arrive que dans les films car c'est une figure historique. On apprend beaucoup de choses dans les livres ou à l'école dans notre jeunesse et je me suis retrouvé devant l'Histoire.

Votre plus grand regret ?

Je ne devrais pas changer ma vie mais me changer moi (rires). Peut-être en étant plus dur mentalement. J'ai eu mon expérience, ma vie et ma carrière mais s'il fallait tout refaire je le referais...Finalement je n'ai pas de regret ! "

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