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Dans le rétro avec Yves Saint-Martin : " Je regrette de ne pas avoir mieux monté Allez France dans l'Arc de Triomphe ! "

Entretien – Yves Saint-Martin a marqué toute une époque par son talent et son palmarès étoffé, mais a aussi marqué l'histoire des courses au sens large. Avec Manuela Jollivet, il est revenu sur les moments forts de sa brillante carrière.

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Quel est le meilleur cheval que vous avez monté ?

Allez France avec qui j'ai remporté l'Arc de Triomphe en 1974. ( revivez cette course légendaire ci-dessous)

Un cheval qui vous a marqué et que vous auriez aimé monter ?

Sea Bird. Car cette année 1965, il y avait trois chevaux qui se suivaient dans le Jockey Club : Reliance appartenant à François Dupré, Diatome à Guy de Rothschild et Carvin entraîné par Jean Sens. Dans le Grand Prix de Paris, même arrivée : Reliance, Diatome et Carvin. Sea Bird nous ne l’avons pas rencontré, car il a fait sa carrière en Angleterre. Dans l’Arc de Triomphe, je me suis retrouvé derrière lui à l’entrée de la ligne droite, et quand il a démarré, il m’a pris cinq longueurs alors que mon cheval était bon. Ça prouve qu’il avait une classe au-dessus des nôtres !

Votre adversaire le plus coriace chez les jockeys ?

Lester Piggott. ( crack jockey anglais, vainqueur notament de 3 Prix de l'Arc de Triomphe, 9 Derby d'Epsom, 5 Irish Derby)

Le jockey qui vous a impressionné ou qui vous impressionne aujourd’hui ?

Lanfranco Dettori. Je le connais bien car j’ai fait le tour du Monde avec son père. J’ai vu Lanfranco monter des courses extraordinaires. C’est vraiment un grand jockey, il a le sens du train, il est très fort pour finir une course. Il est complet. Je crois qu’il y a lui et les autres !

Lester Piggott et Lanfranco Dettori, les 2 cracks jockeys qui ont impressionné Yves Saint Martin

Un entraîneur avec qui vous auriez aimé travailler toutes générations confondues et tous pays confondus ?

J’ai travaillé avec les plus grands déjà, et j’en ai rencontrés en Angleterre aussi comme Vincent O’Brien et Noël Murless. J’ai gagné une bonne course pour ce dernier. Il avait deux partant : son premier jockey, Geoff Lewis, en montait un et il m’a appelé pour monter l’autre. Et j’ai gagné ! Après, la pouliche a couru les Oaks et elle a gagné, montée par Lewis. Il ne s'était pas trompé cette fois ! (rires).

Votre plus belle rencontre dans votre carrière ?

J’en ai tellement faites que je ne peux pas en citer une. Je dirais quand même : François Mathet, Daniel Wildenstein et le Prince Aga Khan.

Le prince Aga Khan, l'une des plus belles rencontres selon Yves Saint Martin

La victoire la plus importante de votre carrière ?

Le Derby d’Epsom (Ndlr : en 1963 avec Relko), car j’étais jeune et la mentalité est différente là-bas. En Angleterre, les gens viennent voir gagner le champion ; en France, ils viennent le voir se faire battre !

Une victoire qui était pour vous inattendue ?

A Jersey. Je ne pensais pas monter un jour là-bas, c’était au milieu des moutons, il fallait installer des piquets pour délimiter le champ de course dans un pré !

Un Groupe I remporté que vous étiez sûr de gagner ?

Le Jockey Club avec Reliance.

La chose dont vous êtes le plus fier dans votre carrière ?

Peut-être le Derby d’Epsom.

Le plus grand regret de votre carrière ?

De ne pas avoir mieux monté Allez France dans l’Arc de Triomphe quand je m’étais blessé. Je n’ai pas monté une bonne course, je n’ai pas assez bien placé la jument dans le parcours, j’aurais dû faire attention de ne pas me faire sortir comme ça (Ndlr : c’était en 1974 et Allez France s’imposa tout de même).

L’anecdote que vous n’avez jamais osé révéler ?

Au cours d’un dîner chez un ami, nous mangions un couscous avec Daniel Wildenstein. Je lui dis que si je n’étais pas fâché avec Mathet, il me ferait monter Exceller dans le Grand Prix de Paris. Il me demande alors :

- C’est le cheval de Hunt ? Vous voulez le monter ?
- Oui. Il n'y a qu’à courir pour gagner !

Et là il m’explique que je vais monter Exceller car il est associé à Bunker Hunt. Et si Hunt ne me met pas dessus, il ne va pas gagner la course ! Je lui réponds qu’il ne peut pas faire ça, mais il le fait. Quelques jours avant le Grand Prix de Paris, aux courses à Évry, Mathet demande à me parler alors qu’on ne s’est pas adressé la parole depuis sept ans :

- Tu connais quelqu’un chez Hunt 
- Non. 
- Parce qu’on m’a demandé de te mettre sur le cheval. Ne t’engage pas ailleurs, ma secrétaire t’appellera vendredi soir si je cours. 

J’ai monté le cheval et bien sûr j’ai gagné en " pétant " ! Wildenstein était le premier à m’attendre au retour des balances :

- Alors ?
- Merci et bravo ! Vous êtes costaud quand même !

Et François Mathet ne l’a jamais su !

Yves Saint-Martin a obtenu 15 Cravaches d'Or dans sa carrière, il a remporté 134 Groupe 1, dont 4 Prix de l'Arc de Triomphe

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